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blackangel822002
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La rose et l'épée

La rose et l'épée

Publié le 05/11/2008 à 12:00 par blackangel822002
Laissez moi vous narrer l’histoire de l’homme qui forgea son propre destin. Cette histoire se déroula il y a bien longtemps à une époque où régnait un roi féroce. Tanas était son nom et sa cruauté n’avait d’égale que la noirceur de son âme. Il était sans pitié contre ceux qui allait contre sa volonté et le contrariait. Son peuple mourrait de faim tandis que lui festoyait jour et nuit. Il n’était pas marié et n’avait toujours pas d’héritier alors que le poids des années commençait à voûter ses épaules. Il devait se hâter de prendre une femme et de concevoir un fils avant que ne vienne l’impuissance. Tous les nobles lui présentèrent leurs filles mais aucune ne sut le charmer. Il envoyait maintenant ses soldats chercher les plus belles jeunes filles du royaume.

***

A deux jours de cheval, dans un petit village, vivait la plus belle fille du royaume. Elle était la fille du boucher. Ses cheveux étaient aussi sombres que la nuit et contrastait avec la blancheur de sa peau. Ses yeux étaient pareils à deux saphirs brillant de vie et d’intelligence. Sa voix cristalline rendait terne le chant des rossignols. Elle incarnait la bonté même. Tous les jeunes hommes du village l’aimaient. Et tous recherchaient son amour sauf un, le fils du forgeron. Aucun ne connaissait son prénom. Elle n’avait d’yeux que pour le seul qui n’était pas perdu en contemplation devant elle mais qui la fuyait. Il se réfugiait derrière son enclume et battait le fer chaud. C’était Lucellus, le fils du forgeron, qui aidait son père toute la journée durant. Il était taillé dans un roc. Le maniement du marteau sur l’enclume depuis son plus jeune âge lui avait donné une musculature fort développée. En opposition à son corps, les traits de son visage étaient très fins, presque féminins. Ses cheveux étaient de la couleur du soleil et descendaient en une longue tresse en dessous de ses omoplates. Ses yeux avaient la couleur et l’éclat d’une émeraude. Il était d’une timidité maladive et son âme était généreuse. Ses talents de forgeron avaient dépassé ceux de son père depuis longtemps mais il ne voulait pas des honneurs et les lui laissait.

Lucellus passait ses nuits à rêvasser de la fille du boucher mais était bien incapable de lui montrer au grand jour. Une nuit, il eut l’idée de lui forger une rose en fer. Il y travailla dès qu’il avait un peu de temps libre. Il y mit tout son amour. Il obtint une rose en fer d’une telle beauté qu’elle ternissait la splendeur de ces fleurs. Il la portait sur lui, ne sachant comment lui donner. Il semblait ne plus dormir tant ses yeux étaient cernés. Il se rendait malade tant il était devant un dilemme.

La fille du boucher s’appelait Lyssandre et restait cloîtré dans sa chambre et passait ses journées à regarder par sa fenêtre. Un matin, au lever du jour, un objet reflétait le soleil et le renvoyait sur le visage de Lyssandre, la sortant de son sommeil. Intriguée, elle se leva, enfila une robe de chambre et s’approcha de la fenêtre. Elle l’ouvrit et découvrit la rose en fer qu’avait forgé Lucellus. Il l’avait déposé sur le rebord de la fenêtre pendant la nuit au prix d’efforts et de prises de risques pour atteindre l’étage ou était la chambre de Lyssandre. Elle sut que ce cadeau venait de Lucellus car qui d’autre que lui aurait pu forger une aussi belle rose. Elle était folle de joie de savoir qu’il l’aimait. La journée commençait fort bien pour elle.

A la forge, Lucellus apprit d’un habitant du village voisin que les soldats du roi étaient en chemin et arriveraient d’ici deux heures pour embarquer la plus belle fille du village. Cette fille ne pourrait être que Lyssandre, la fille du boucher, celle qu’il aimait. Mais comment pourrait-il les empêcher de l’emporter avec eux. Il devait la prévenir par n’importe quel moyen. Il quitta la forge en courant, son marteau à la main. Il bousculait tout le monde sur son passage et courait vers la demeure du boucher à l’autre bout du village, aucunement ralenti par son imposant marteau de forgeron. Il parvint enfin à destination et entra dans la boucherie. Il s’adressa au père de Lyssandre, à peine essoufflé par sa course, son marteau dans les mains.

- Monsieur, les soldats du roi arrivent ici. Ils viennent chercher votre fille. Vous devez la leur cacher. Ils ne doivent pas la prendre.

Le boucher regardait Lucellus en fronçant les sourcils. Il était honoré que l’on vienne chercher sa fille pour l’amener auprès du roi. Il ne comptait pas les en empêcher mais plutôt leur réserver un bon accueil.

- Ecoute gamin, pourquoi devrais-je refuser un tel honneur ? Un père ne peut rêver meilleur mariage pour sa fille qu’avec un roi. J’espère bien que son altesse Tanas fera de ma fille sa femme. Retourne à ta forge et laisse moi en paix.

Lucellus reçut ces paroles de plein fouet et en resta abasourdi. Il devait agir pour empêcher qu’ils n’emportent la fille du boucher. Il s’arma de tout son courage. Ses joues se dardaient à l’avance de rouge tant ce qu’il allait dire lui était difficile et gênant.

- Mais monsieur, j’aime votre fille. Je veux la prendre pour épouse et la couvrir de bonheur.

Le boucher éclata de rire à la face de Lucellus. Il se moquait bien des sentiments du jeune homme. Il ne changerait d’avis pour rien au monde. Il se voyait déjà aux festivités du mariage entre le roi et sa fille.

- Je n’en ai que faire de tes sentiments à l’égard de ma fille. Ton amour ne vaut rien face à un mariage entre ma douce Lyssandre et le roi Tanas. Va-t-en avant que je ne me décide à t’y aider par la force.

Joignant le geste à la parole, il brandissait au dessus de sa tête son couteau. Lucellus préféra sortir de la boucherie et se retrouva face aux soldats du roi qui venaient d’arriver. Le sergent qui commandait la troupe lui ordonna de s’écarter. Le jeune forgeron, pour toute réponse, lui envoya son marteau de toutes ses forces au visage, lui écrasant les os dans un craquement écoeurant. Le corps sans vie du sergent s’affala sur le sol dans un tintement de métal funèbre. Les soldats s’approchèrent de Lucellus avec un regard haineux. Le jeune homme faisait tournoyer son marteau au dessus de sa tête et frappait du haut vers le bas en direction des soldats. Il en envoya plusieurs au tapis avant qu’une lance ne se plante dans son ventre. Il lâcha son marteau et tomba à terre, les mains sur sa plaie d’où s’échappait en un torrent son sang. Les soldats l’enjambèrent et entrèrent dans la boucherie. Ils en ressortirent quelques minutes plus tard accompagnés de Lyssandre qui tenait précieusement la rose en fer. Ils quittèrent la ville alors qu’elle pleurait à chaudes larmes depuis qu’elle avait vu le corps ensanglanté de Lucellus devant la boucherie. Les soldats avaient emporté les corps sans vie des leurs que le forgeron avait tué. Le père de Lucellus, averti par un des villageois, vint chercher son fils qui avait déjà perdu beaucoup de sang et l’emmena chez eux pour l’y soigner. Il ne restait plus qu’une mare de sang devant la boucherie comme seul signe de l’altercation. Les villageois avaient déserté les rues sur le passage du forgeron portant son fils inanimé et blessé dans ses bras.


La rose et l'épée 2

Publié le 08/04/2009 à 12:00 par blackangel822002
***

Deux semaines s’étaient écoulées depuis ce jour. Le forgeron avait passé jour et nuit au chevet de son fils, le soignant et pansant ses plaies. Lucellus était plongé dans le sommeil à longueur de journées à l’aide de plantes à effets sédatifs. Il n’émergeait que de temps à autre. Instants où son père lui donnait à boire et à manger en le tenant informé de ce qu’il se passait. Sa plaie s’était bien refermée et il pourrait très prochainement se lever. La nouvelle arriva au village que le roi avait décidé de prendre pour femme la fille du boucher, Lyssandre. Le mariage devait avoir lieu au solstice d’été, soit dans deux semaines.

***

Dans une chambre du château royal, Lyssandre était assise sur le rebord de la fenêtre. Elle pleurait à chaudes larmes, la rose en fer dans ses mains. Elle croyait Lucellus mort et gardait cette image de lui baignant dans son sang. Elle maudissait le roi et ses soldats. Elle était répugnée à l’idée qu’elle allait épouser Tanas. Elle se refusait à quitter sa chambre. Elle ne voulait rien avoir à faire avec ces gens qui n’étaient pas ses amis. Elle se sentait complètement abattue. Elle était condamnée à une vie dont elle ne voulait pas. Devenir l’épouse d’un tyran et pleurer l’homme qu’elle aimait.

***

Au village, chez le forgeron, dans la chambre, Lucellus se réveilla. Sa blessure ne lui faisait plus mal. Son teint était fort pâle. Il était très affaibli par ces deux semaines d’alitement. Son père le regardait en souriant. Il était heureux que son fils soit rétabli. Il l’embrassa sur le front affectueusement. Il ne lui annonça pas la nouvelle qui était parvenue au village. Il savait que son fils réagirait violemment en l’apprenant. Il préférait attendre que Lucellus ait récupéré plus de forces. Seulement là, il lui apprendrait. En attendant, il aida son fils à se lever du lit et à marcher.
Le père de Lucellus l’avait élevé depuis son plus jeune âge. Sa mère était morte en le mettant au monde. Lucellus ne l’avait donc jamais connu. Son père lui avait donné autant d’amour qu’il pouvait mais n’avait pu jouer le rôle de confidente comme l’aurait fait sa mère. Il ne s’était jamais confié à son père sur l’amour qu’il vouait à Lyssandre. Ce dernier l’avait découvert lorsque Lucellus avait tenté d’empêcher les soldats du roi de l’emporter. Il avait failli mourir pour elle et c’était la plus belle preuve qu’il aurait pu lui faire.
Son père et lui arrivèrent dans la rue. Lucellus se cachait les yeux tant la lumière du soleil l’éblouissait. Ils marchaient lentement, le fils s’appuyant contre son père. Tous les villageois qui étaient dans la rue les regardaient comme si ils voyaient un fantôme. Tous le croyaient mort, son père ne leur ayant rien dit. Personne n’osait s’approcher ou briser le silence. Même un enterrement aurait été plus bruyant. Lucellus, qui s’était habitué à la lumière, les dévisagea tous. Il lâcha son père et se tint seul, debout face à l’assemblée plus nombreuse encore. Il leur adressa la parole d’une voix rauque.

- Regardez-vous tous ! Vous me fixez comme si vous voyiez un revenant. En ai-je l’air ? Non, pas le moins du monde. Je suis en chair et en os comme vous. J’ai survécu à la blessure qui m’a été infligée grâce aux soins de mon père. Pas un de vous n’avez tenté d’empêcher les soldats du roi d’emporter Lyssandre, la fille du boucher. Vous vous êtes tous cachés dans vos maisons. Vous m’écœurez tous autant que vous êtes. Et je maudis Tanas, ce roi cruel. Je ne serai plus un de ses sujets.

Ils le regardaient tous bouche-bée, même son père. Dans ses yeux brillait une flamme qui était la haine qu’il ressentait envers le roi. Pour les villageois, il n’éprouvait plus que mépris. Un vieil homme qui n’était pas du village s’approcha et lui adressa la parole à voix basse.

- Quelles paroles enflammées qui vous coûteraient l’échafaud si ses soldats étaient là. Les pensiez-vous vraiment ces mots ? Si c’est le cas, j’ai des informations qui pourraient vous intéresser. Mais tout d’abord, je me présente. Mon nom est Libartus. Je suis un conteur qui va de villages en villages. Et j’y glane des informations sur les nouvelles du royaume.

Lucellus écoutait attentivement ses paroles. Il lui fit oui de la tête et l’entraîna avec lui à l’intérieur de la forge, à l’écart des villageois.

- Oh que oui, ces mots étaient le reflet de ma pensée. Dites moi ce que vous savez. Allez-y ! Je vous écoute.

Libartus sourit devant tant d’empressement. Il regarda intensément Lucellus comme si il voulait lire en lui.

- Tout doux jeune homme. Je me suis présenté à toi mais tu ne m’as même pas dit ton nom. Tout ce que je peux deviner, c’est que tu es forgeron.

Il souriait toujours et attendait que le jeune forgeron se présente. Lucellus grimaça puis prit la parole.

- Pardonnez-moi ! Je veux tant entendre ce que vous avez à me dire que j’en oublie la politesse. Je suis Lucellus, forgeron comme mon père et c’est sa forge ici.

Le vieillard fut surpris en entendant le nom du jeune homme. Cela le plongea dans une si intense réflexion qu’il en oublia la présence de Lucellus. Celui-ci le regardait et attendait qu’il lui donne les informations qui pourraient l’intéresser. Il patienta un quart d’heure et en eut assez. Il tapota sur l’épaule de Libartus et lui parler.

- Monsieur, réveillez-vous ! Vous devez me donner des informations et cela fait un moment que j’attends. Dites moi ce que je veux savoir, je vous en prie.

Libartus sortit de sa torpeur et regarda Lucellus d’un air différent. Son regard paraissait plein de vénération pour le jeune forgeron. Il fit un léger signe de la tête.

- Excusez mes errances, je repensais à une très vieille légende. Mais ce n’est pas de cela dont je veux vous parler. J’ai appris dans le village précédent que Tanas a tué toutes celles qu’il n’a pas choisi. Et celle qu’il a choisi, c’est Lyssandre, la fille du boucher. Le mariage aura lieu dans deux semaines, le jour du solstice d’été. La cérémonie aura lieu sur le parvis de la cathédrale afin que le peuple puisse y assister en masse.

Lucellus passa de la tristesse à la haine, avec une étape de soulagement. Il voulait retrouver Lyssandre et tuerait le roi Tanas pour y parvenir. Il regardait sans le voir Libartus, plongé qu’il était dans ses désirs de meurtre. Le vieillard rompit le silence et sortit le jeune homme de ses pensées.

- Vous brûlez d’un tel feu. Vous voulez tant attenter à la vie de Tanas ? Puis-je vous révéler ce qui m’a tellement troublé tout à l’heure ? Lucellus, vous êtes voué à un destin formidable.

Le jeune forgeron regardait Libartus, troublé par la dernière phrase qu’il lui avait dit. Que pourrait bien avoir de formidable sa destinée ? Cette question se répétait dans son esprit. Il lança un regard interrogateur au vieillard sans dire un mot. Le vieil homme le fixait attentivement, guettant sa moindre réaction et capta son regard.

- Oui, ce que je vous ai dit est vrai. Votre destin sera hors norme. Quand vous m’avez dit votre, je me suis rappelé de ce que j’ai toujours pris pour une légende. En réalité, ce n’en est pas une, je l’ai compris maintenant. C’est une prophétie, et vous en faites partie.

Lucellus était profondément intrigué par ces paroles. Il en attendait plus que ce que venait de lui dire Libartus. Il laissa une minute s’écouler mais le vieillard ne semblait pas prêt à lui en dire plus.

- Je vous en prie ! Dites-m’en plus ! Que peut raconter cette prophétie et qui aurait un impact sur mon destin ?

Libartus semblait amusé par tant de curiosité de la part du forgeron. Il prit une profonde inspiration comme lorsqu’il racontait ses histoires dans les villes et villages.

- Puisque vous avez l’air de vouloir en apprendre plus encore. Ouvrez bien grandes vos oreilles jeune homme. Je vais vous raconter les grandes lignes de cette prophétie. Etes-vous prêt ?

Lucellus était pendu à ses lèvres. Il était tout ouï. Il fit un signe affirmatif de la tête. Le vieil homme souriait en se remémorant la prophétie.

- Lorsqu’un roi cruel cherchera à prendre comme épouse la femme à la rose de fer, le forgeron se soulèvera et le renversera. Son nom sera semblable à celui d’un ancien dieu. Le royaume entrera alors dans une erre de pays durable.

Le vieillard se têt et attendit les questions de Lucellus. Celui-ci ne tarda pas à en poser.

- Comment cela peut-il être possible ? Je n’ai forgé la rose de fer il n’y a pas plus d’un mois. De plus, je l’ai faite sans en parler à quiconque.

Lucellus guettait la réponse de Libartus. Celui-ci haussa les épaules et les bras en l’air avant de les rabaisser.

- C’est ce qu’on appelle le destin. Tout ce qui doit advenir est écrit depuis la nuit des temps. Personne, pas même les puissants n’échappent à leur destinée. Comme le dit la prophétie, la tienne sera formidable.

Le vieil homme posa sa main sur l’épaule du jeune forgeron et lui fit un sourire chaleureux. Il sortit une pierre de son sac et la tendit au jeune homme.

- Tenez ! Prenez-le ! C’est un métal tombé du ciel que j’ai trouvé. Il vous faut une épée alors forgez-la avec ceci.

Lucellus prit le morceau de métal, inclinant la tête pour remercier Libartus. Il le posa près de la forge éteinte depuis deux semaines. Il serra amicalement la main du vieillard puis lui dit adieu en le raccompagnant à la sortie. Une fois seul, il s’assit sur l’enclume et réfléchit à tout ce qu’il venait d’apprendre.