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blackangel822002
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10.01.2008
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Histoires

Y a t'il une vie après la vie ?

Publié le 23/05/2009 à 10:57 par blackangel822002
Y a t’il une vie après la vie ? Je me posais sans cesse cette question, jour après jour, nuit après nuit. Si savoir la réponse m’était si important, c’était car je savais mon temps compter. Mon corps était rongé par cette maladie. Chaque jour, je me sentais moins fort, moins vivant mais je ne voulais pas mourir. J’avais trop peur de ce qui m’attendait après la vie. La peur qu’il n’y ait rien après la vie remplissait mes nuits de cauchemars. Je me voyais pourrir et retourner au néant. Je n’étais plus rien. Tout était obscurité autour de moi. Je me sentais oppressé comme si j’étais enfermé dans un espace réduit. Puis je me réveillais suant à grosses gouttes.

Les semaines passaient et j’avais de plus en plus de mal à quitter mon lit. Je sentais mon heure arriver. J’allais découvrir par moi-même ce qu’il y avait après la vie. Je passais mon temps à réclamer l’attention et l’amour de mes parents pour lutter contre les cauchemars qui revenaient inlassablement. Je craignais qu’il n’y ait que ténèbres et néant après la vie alors que je pensais devoir vivre encore tant de choses.

Une nuit, mon cœur battait au ralenti et je ne sentais plus le bas de mon corps. Je pensais que mon heure était arrivée et que j’allais avoir ma réponse. C’était ce que je croyais mais ce n’était pas la mort qui vint. C’était un homme qui s’était introduit dans ma chambre et me contemplait. Qui était-ce ? Je ne le découvris que plus tard. Sa peau était blanche et attirait le reflet de la lune à travers la fenêtre. Ses yeux étaient d’un bleu qui tirait sur le gris et étaient plein de larmes. Pourquoi pleurait-il ? Sa bouche était tordue par la douleur. Mais de quoi souffrait-il ?

Etait-ce parce qu’il me savait mourant ? Je voulais lui demander mais j’avais la bouche trop sèche, pas un mot n’en sortit. Il me parla sans ouvrir la bouche, j’en étais certain. Il me disait qu’il pouvait me guérir si j’acceptais de le suivre et de quitter ma famille. Ce fut difficile à choisir mais je décidai d’accepter son offre car, quoi qu’il en soit, mes parents seraient tristes. Je pensais malgré tout qu’il leur serait moins dur à supporter de me savoir parti que mort. Tant qu’il ne saurait pas, il pourrait espérer que je sois en vie quelque part. Il esquissa un faible sourire au choix que j’avais fait. Il dévoila ses dents et se pencha sur moi. Il planta ses canines dans ma gorge et aspira mon sang. Je me sentais de plus en plus faible et croyais qu’il allait me tuer mais il s’arrêta de boire. Il s’entailla le poignet et me fit boire son sang. Je me sentais gagner par une énergie nouvelle plus je buvais. Réticent au début, j’aspirais maintenant son sang avidement. Il retira son poignet en me disant que ça suffisait.

Il me fit me lever et m’ordonna de m’habiller. Je revêtis un jeans ainsi qu’un pull noir puis nous quittâmes la maison. Que c’était bon de sentir la fraîcheur de la nuit m’envelopper et le vent caresser mes joues. J’avais oublié cette joie si simple de respirer et de marcher dans la rue. Je me sentais bien vivant et heureux d’aller ainsi en longeant les maisons collées les unes aux autres. Je n’avais que faire d’où nous allions tant je revivais après ces semaines voire ces mois passés au lit. Il nous guidait vers le cimetière et l’église.

Nous pénétrâmes dans l’église et descendîmes dans ses catacombes. Il me guida jusqu’à ce qui lui servait de demeure. C’était une grande crypte au milieu de laquelle siégeaient deux cercueils en pierre. L’un deux était entrouvert et était vide, l’autre était fermé. Il s’approcha de celui qui était fermé et poussa le couvercle. Il en sortit un squelette et le jeta dans un coin de la crypte. Il m’invita à m’allonger dedans et referma le couvercle sur moi. Mes cauchemars étaient devenus réalité mais pourtant je me sentais bien vivant. J’étais oppressé par cet espace réduit et l’obscurité qui y régnait. Malgré tout j’arrivais à distinguer mes mains devant mon visage. Je réfléchissais à la situation qui était la mienne et me dit que je n’avais qu’à attendre de voir ce qu’il allait advenir.


La mort d'Aymé

Publié le 24/10/2008 à 12:00 par blackangel822002
Juste après le lever du soleil, alors que commençaient à peine à se lever les gens, deux anges assis sur le toit de l’église discutaient. L’un des deux était vêtu d’une bure noire et avait de majestueuses ailes aux couleurs de la nuit. Ses yeux avaient un éclat terni par les morts qu’il avait vu. Sa peau était d’une blancheur extrême. Il paraissait triste jusque dans le ton de sa voix. L’autre ange avait le visage resplendissant. Ses yeux étaient pleins de joie et d’amour. Sa bure et ses ailes étaient d’un blanc parfaitement pur. L’ange blanc buvait les mots de celui qui était le funeste messager Aymé. Il ressentait un pincement au cœur aux paroles prononcées par Aymé. L’ange de la mort était lassé de sa tâche et souffrait un peu plus à chaque âme qu’il guidait. Il regrettait d’être le funeste messager. Les larmes le submergèrent et coulèrent à flots. L’ange blanc tentait tant bien que mal de l’apaiser et de le réconforter. En vain, ses paroles étaient maladroites et ne faisaient qu’agrandir encore la peine d’Aymé. Ce dernier ressassait de sombres idées qu’il souhaitait réaliser. Il abandonna l’ange blanc, appelé par sa triste besogne.

Il traversa la douce lumière qui ne lui était plus d’aucun réconfort. Il se trouvait dans une chambre d’hôpital. Dans un grand lit, au milieu de la pièce, un jeune garçon rendait son dernier soupir à l’âge de 5 ans. Les appareils auxquels il était relié sonnaient d’un long bip continu. Des bruits de pas précipités approchaient de la chambre. Le petit garçon se redressa sur son lit et fixa d’un regard interrogatif Aymé. Celui-ci pleurait à chaudes larmes de découvrir que c’était un enfant qu’il devait guider. Le jeune garçon lui adressa la parole d’une voix craintive.

- Excusez moi monsieur tout noir. Pourquoi vous êtes ici ? Vous venez jouer avec moi ?

Aymé esquissa un faible sourire qui avait tout d’une grimace. Il cherchait ses mots pour répondre.

- Mon petit, je suis ici pour t’emmener avec moi. Je jouerais avec toi quand nous serons arrivés où je dois t’amener.

Le funeste messager retenait au mieux ses larmes. Il lui était insupportable de devoir guider un si jeune enfant. Si seulement il pouvait connaître un moyen d’éviter cela. Il abandonnerait tout pour ça. Il eut une idée et voulut l’appliquer sachant que le prix à payer serait immense. Il fixa le garçon et lui posa une question.

- Tu veux rester avec tes parents et jouer avec eux ? Tu veux ne plus avoir mal ?

L’enfant regardait l’ange noir avec les yeux brillant de bonheur. Il fit un signe affirmatif de la tête.

- Je pourrais sortir de l’hôpital ? Ca ne sent pas bon ici et mes parents me manquent.

L’ange lui fit signe que oui de la tête et lui fit un sourire triste. Il le fit se rallonger dans son corps et ses larmes coulaient et baignaient le visage du jeune garçon. Il colla son visage à celui de l’enfant et usa de sa volonté et de son pouvoir pour transmettre de sa vie, de son essence à cet être chétif. Il lui donna tant que l’essence divine en lui s’éteignit. Il n’était plus un ange. Il s’était sacrifié pour le garçon. Il avait échangé son immortalité contre la vie de l’enfant. Il avait perdu ses ailes et son aura. Il ne lui restait que ses souvenirs, son chagrin et sa bure noire de son passé de funeste messager. Le jeune garçon revint à la vie, guéri de tous ses maux, plein d’une intense énergie. Il ouvrit ses yeux et découvrit Aymé qui se tenait penché au dessus de lui. Il le regardait fixement.

- Vous étiez dans mon rêve. J’étais mort et vous veniez me chercher. Vous étiez un ange tout noir. Il était triste mon rêve. Vous pleuriez.

Aymé esquissa une grimace. Il avait espéré que l’enfant ne se souvienne de rien. Il lui caressa affectueusement la joue.

- Ce n’était qu’un mauvais rêve. N’aie pas peur, c’est fini. Tu vas bientôt quitter l’hôpital. Tes parents et toi serez heureux.

La porte s’ouvrit en grand sur les infirmières qui découvrirent le garçon assis sur son lit. Elles virent Aymé qui discutait avec l’enfant. Elles le chassèrent car il n’était pas encore l’heure des visites. Aymé les regarda un instant puis tourna de nouveau la tête vers le jeune garçon.

- Mon petit, je te souhaite une longue vie pleine de joies. Je te dis adieu.

Il franchit la porte et disparut dans le couloir sans que l’enfant n’ait le temps de lui répondre. Il avançait les yeux lâchant des torrents de larmes sous le poids de la tristesse qui ne s’était pas envolée avec son essence divine. Elle lui était bien plus difficile à supporter maintenant. Il revoyait les visages de tout ceux qu’il avait guidé. C’était un bien trop gros fardeau pour ses épaules. Il lui fallait trouver un moyen de s’en libérer. Ne plus ressentir toute cette peine, c’était là son souhait. Il quitta l’hôpital après avoir troqué sa bure noire contre un jeans bleu et un pull noir. Il s’éloigna d’un pas lent, rentrant la tête dans les épaules.

Il sombra dans l’alcool, volant pour boire. Il essayait de noyer sa douleur dans l’ivresse mais cela ne faisait que l’accroître. Il se sentait perdu dans ce monde qu’il ne connaissait pas. Il errait la tête pleine des visages des morts et devenait fou. Il ne parvenait pas à trouver le sommeil. Il passait ses nuits à pleurer toutes les larmes de son corps. Sa déchéance atteignit son paroxysme lorsqu’il se retrouva à se droguer avec les junkies de la ville. Seulement lorsqu’il était défoncé, il trouvait la paix pour un temps. Avant que ne revienne la tristesse et les visages quand les effets de la drogue se dissipaient. Sa vie était un enfer et la mort lui semblait la seule échappatoire. Il lui tendait les bras en commettant les pires excès d’alcool et de drogue mais sans qu’elle ne l’emporte de l’autre côté. Il était complètement désespéré. Il s’allongea dans une ruelle sombre et se laissa engloutir par le chagrin aussi fort était-il. Les journées passèrent ainsi jusqu’à ce qu’il se décide à se relever et il s’en alla, marchant misérablement.




Les étoiles brillaient haut dans le ciel sans lune. Le vent soufflait contre les volets clos des maisons. La nature était endormie. Pas un seul animal, pas un seul homme n’osait aller contre le cycle du sommeil. Tous dormaient à poings fermés. Toutes les créatures vivantes ? Non, pas toutes ! Une âme solitaire errait dans le froid mordant de l’hiver. C’était un ange déchu qui avait perdu ses ailes, ses pouvoirs, et son immortalité. Il était uniquement vêtu d’un pantalon en jeans bleu, aux genoux troués, et d’un pull noir. Il ne portait ni chaussures, ni chaussettes, ni gants, ni manteau. Il allait pieds nus, dévoré par les assauts glaciaux du vent. Ses pieds avaient une teinte bleue, congelés. Il ne les sentait plus, comme ses mains. Il avait les bras croisés et se les frottait, tentant de se réchauffer comme il pouvait. Il ne pourrait survivre ainsi pendant longtemps. Le froid le tuerait bien assez vite. Il lui fallait trouver un abri au sec et suffisamment chaud pour qu’il n’ait plus autant froid. Il tournait au hasard des rues. Ses pas le menaient vers l’église qui restait toujours ouverte aux nécessiteux en hiver.

Il s’arrêta sur le parvis. Il avait les yeux embués de larmes par les souvenirs de sa vie passée. Il était le funeste messager. Dieu l’avait nommé Aymé. Il avait guidé tant d’âmes, coulant sous le poids du chagrin. Il n’avait pas été assez fort, la tristesse avait eu raison de lui. Il avait abandonné ce qu’il était pour sauver un enfant. Il était devenu un homme parmi tant d’autres. La réalité le rattrapa bien assez vite et il découvrit que l’argent dictait toute chose. Malheureusement pour lui, il n’en avait pas et il se retrouva rapidement rejeté parmi les rebuts de la société. Il n’était rien, c’était là tout ce que son sacrifice lui avait rapporté.

Il entra dans l’église et y trouva un homme sans âge, assis sur un banc. Cet homme tourna la tête vers lui et là, il reconnut ce visage. C’était celui de Dieu, tel qu’il l’avait vu la première fois. Et dans ses yeux, il n’y voyait que tristesse. Aucune trace de mécontentement voire de colère. Il était peiné de sentir l’océan de douleur qui emplissait l’âme et le cœur d’Aymé. Il lui fit signe de le rejoindre et de s’asseoir à ses côtés. L’ancien ange vint donc s’installer près de lui, n’osant dire un mot. Dieu rompit le silence et s’adressa à lui.

- Mon cher enfant, quelle tristesse je ressens en toi. Tu l’as laissé te submerger et te détruire. Si tu savais combien cela m’a peiné que tu agisses à l’encontre de ce qui aurait dû être. Tu y as perdu ton statut d’ange et tu vis dans la misère depuis. Pourtant, je ne t’ai jamais entendu pester contre ton sort. Tu l’as accepté sans mot dire et tu as alourdi ton fardeau. Tes pas t’ont guidé à moi pour que je t’offre une seconde chance. Je me sens fautif pour tes choix. Mais quel acte généreux tu as accompli au détriment de ta condition. Par conséquent, je te demande de reprendre ta place, ton rôle et de te fermer à ces émotions qui t’envahissent.

Aymé restait le visage fermé face aux paroles de Dieu. Il ne connaissait que trop bien la valeur de son acte et n’était pas dupe face à son incapacité à ne rien ressentir. Il ne pouvait reprendre son rôle et connaître à nouveau ces tortures de l’âme.

- Mon père, vos paroles sont douces et bienveillantes. Pourtant, je ne sais que trop bien que ma place ne soit plus à vos côtés. J’y ai perdu mon statut d’ange mais mon âme a été meurtrie si profondément par ma mission. Je ne veux pas de votre cadeau empoisonné. Retrouver une immortalité de tristesse, c’est bien au-dessus de mes forces. Je préfère la lâcheté de la fuite et le caractère éphémère d’une vie mortelle. Ma vie touche à sa fin car ma douleur a atteint son paroxysme. Je vous dis donc adieu.

Aymé se leva et se dirigea vers l’autel. Il se saisit d’un cierge allumé, bouta le feu à la nappe et s’allongea dans les flammes. Le feu l’engloutit et ses cris de douleurs résonnaient dans l’église. Dieu pleurait à chaudes larmes. Il ne pouvait supporter de voir ses enfants mourir sous ses yeux. Aymé avait laissé sa place à un tas de cendres. Son âme s’était envolée et avait quitté ce monde qui l’avait tant fait souffrir. Dieu était à genou devant l’autel et plongeait ses mains dans les flammes, les posant dans les restes d’Aymé.

- Mon fils, ce monde n’était pas fait pour toi. Tu laisses mon cœur dévasté par le chagrin. Tu as trouvé la paix. Adieu mon enfant.

Une larme tomba sur le sol dans un bruit qui se répercuta sur les murs de l’église. Lorsque le bruit cessa, les flammes s’étaient éteintes et Dieu avait disparu, tout comme les cendres d’Aymé.

Rédemption

Publié le 30/09/2008 à 12:00 par blackangel822002
Au plein cœur de la nuit, dans une ville endormie, par un soir sans lune, une faible lueur émanait de l’église à travers ses vitraux et l’entrebâillement de la porte. Un faible murmure résonnait à l’intérieur. Un homme, tout de noir vêtu, était agenouillé devant l’autel. Il y avait allumé de nombreux cierges. Ses yeux étaient fermés. Il priait avec dévotion. Il demandait la rédemption à Dieu. Sa peau était étrangement blanche comme si ses veines étaient vides de sang. Ses cheveux avaient été brossés et pendaient jusqu’à ses omoplates. Sa bouche était fine et ses dents parfaitement blanches. Mais ses canines étaient bien plus longues qu’à la normale. Sa peau n’avait aucune imperfection, pas même une ride d’expression. Il ne pouvait être un homme normal, c’était impossible.

Il ouvrit les yeux et releva la tête. Il contemplait une représentation d’un ange. Cette vue l’émouvait profondément. Il se laissa aller à verser quelques larmes. Celles-ci étaient de sang et leur couleur rouge tranchait avec la blancheur de sa peau. Elles tombèrent sur le sol froid et éclaboussèrent la nappe de l’autel. Il se signa puis se releva. Il porta son attention sur le christ crucifié fixé au mur du fond. Il s’en approcha silencieusement.Il posa sa main sur la joue de Jésus et la caressa. Il était empli de chagrin à cette image du christ sacrifié. Il se maudissait d’avoir bu ce sang qui fit de lui cet être damné. Le premier vampire maudit pour l’éternité aux ténèbres.

L’éternité était un trop grand fardeau pour ses frêles épaules. Il implorait la pitié de Dieu. Il ne voulait plus de cette existence. Il voulait revoir le soleil. Il avait vu trop d’horreurs en moins de deux millénaires. Il n’avait jamais tué pour se nourrir, pas même les criminels dont il prenait quelques gorgés de sang. Il avait vécu en respectant les paroles d’amour de Jésus. Il se pensait en droit d’obtenir grâce de la part de Dieu.

Ce soir là, ses prières ne furent pas veines. Dieu les entendit. Une lumière surgit de nulle part et illumina le visage du christ crucifié. Le vampire ressentit une présence divine. Il pleurait de joie. Une voix grave et douce s’adressa à lui.

- Mon enfant, j’ai entendu tes prières. Je t’écoute. Explique toi sur ta demande. Sois bref !

L’homme s’était agenouillé. Il était face contre terre tant il était intimidé. Il était paralysé. Il devait se ressaisir et parler. Il ne pouvait laisser passer cette chance. Il prit une profonde inspiration.

- Pardonnez-moi Seigneur ! Je vous remercie de m’accorder cette opportunité. Je vous demande de lever la malédiction qui pèse sur moi. Je suis las des ténèbres. Je n’ai que trop vu de morts. Des personnes que j’ai aimées. J’ai suivi le message de votre fils, même dans la damnation. Jugez mon âme. Je vous en supplie, mettez fin à mon calvaire.

Le vampire se têt et restait courbé vers le sol. Dieu jaugea l’âme de l’homme. Il soupesait tous ses actes, du plus récent au plus ancien. En dernier, il revit l’homme boire le sang de Jésus. Il comprit que seul l’espoir de guérison l’avait poussé à agir ainsi. Il savait maintenant qu’il avait été injuste dans sa sanction. Il était aveuglé par la douleur de la mort de son fils en cet instant. Il fit se redresser le vampire. Celui-ci regardait avec béatitude la lumière et attendait le verdict. Dieu lui répondit après mûre réflexion.

- J’ai pesé tes actes sur la balance du jugement. Le verdict est sans appel. Ton âme est pure. Tu ne l’as pas assombri malgré ton injuste damnation. Je reconnais mon erreur. Ainsi pour la réparer, j’ai une proposition à te faire. Tu ne pourras que l’accepter ou rester damné pour l’éternité. Es-tu prêt à l’entendre ?

Le vampire était plein d’allégresse après les paroles de Dieu. Il était prêt à tout accepter tant qu’il pouvait revoir le soleil. Il répondit à la question de Dieu d’un signe de tête affirmatif. Il était toute ouï à ce qu’il allait entendre.

- Veux-tu être un de mes anges ? Ton âme et ton cœur sont purs. Tu as fait preuve d’une grande résistance face aux horreurs que tu as vu. Tu serais capable de guider les âmes des morts de l’autre côté. Tu leur feras traverser la lumière.

Les yeux du vampire brillaient d’une joie qu’il ne pouvait dissimuler. Rien ne pouvait être pire à ses yeux que les deux millénaires de damnation et de ténèbres qu’il avait vécu. Dieu le regardait et attendait sa réponse patiemment. Le vampire s’adressa à lui. Dans sa voix, on percevait son émotion.

- Je ne peux refuser cette proposition. Cela fait presque deux mille ans que je souhaite retrouver la lumière. C’est une immense joie pour moi, un tel honneur. Je serai ce guide des âmes mortes, un de vos anges.

Le vampire était si heureux d’accepter cette proposition. Il avait si hâte d’être baigné par la lumière. Il allait enfin échapper aux ténèbres, à sa solitude. Il serait entouré de frères aimants et plein de sagesse, les anges. Dieu souriait à sa réponse. Il était inquiet néanmoins quant à la résistance du vampire. Il se devait de le baptiser de son nouveau nom.

- Bien qu’il en soit ainsi. Tu seras désormais le funeste messager. Ton nom sera Virgo car tu as su gardé la pureté qui est tienne.

A ces mots, Virgo ressentit une intense chaleur s’emparer de lui. Son corps de vampire laissait place à un corps d’ange aux majestueuses ailes noires. Il était vêtu d’une bure noire dont la capuche était rabattue sur sa tête. Son cœur était joyeux et battait à belle allure. Il était baigné d’une douce lumière intérieure. C’était là l’habit qu’avait revêtu son âme. Dieu lui apparut tel qu’il était. Il le prit dans ses bras, le serrant comme un père avec son enfant. Il lui murmura quelques paroles à l’oreille.

- Mon fils, Virgo, sois fort face au chagrin. N’y ferme pas entièrement ton cœur et ton âme. Mais que ça ne soit que compassion. Ne te laisse pas ronger par la tristesse car celle-ci fut la cause de l’anéantissement de tes prédécesseurs. Va maintenant et ne laisse pas les morts seuls. Ne les fait pas attendre.

Virgo regarda Dieu dans les yeux et y vit des larmes. Ces larmes étaient dues à la perte de ses fils. Virgo ancra dans son esprit les mots qu’il venait d’entendre. Une douce lumière était apparue à leurs côtés. Il s’écarta de Dieu et lui sourit. Virgo la contemplait avec émerveillement.

- Seigneur, vos paroles sont pleines de bonté. Je me parerais au mieux pour ne pas me laisser détruire par la tristesse. Je serais compassion pour les morts. Je me dois maintenant de vaquer à la mission qui est mienne.

Virgo s’avança dans la lumière et disparut de l’église. Il était parti guider les morts. Dieu regardait la lumière qui s’effaçait maintenant que Virgo l’avait traversée. Il essuya ses larmes et quitta l’église. Il prononça quelques mots en disparaissant.

- Mes chers enfants disparus, veillez sur lui. Je ne veux plus perdre un autre de mes anges.

L’église était vide. Les flammes des bougies dansaient et projetaient des ombres sur les murs de pierre. La ville continuait de dormir. Elle n’avait pas la moindre idée de ce qui venait d’avoir lieu. Elle avait perdu un de ses habitants qui était parti par delà la lumière qu’il avait tant désiré.

Le sang de la gloire

Publié le 25/09/2008 à 12:00 par blackangel822002
Sous un ciel sombre, où les nuages masquaient les étoiles et la lune aux regards même les plus perçants, une ombre avançait silencieusement. Ses pas la conduisaient vers le cimetière jouxtant l’église paroissiale. Quelle était donc cette ombre parmi les ténèbres ? Elle s’était arrêtée devant le portail qui barrait l’accès aux tombes. Elle regardait attentivement en direction d’une tombe à l’abandon où les fleurs de naguère avaient cédé la place aux mauvaises herbes. La mousse avait recouvert l’éclat froid du marbre et masquait ce qui y était gravé. L’ombre passa par-dessus le mur et vint s’agenouiller devant la tombe qu’elle fixait l’instant auparavant. Elle semblait en recueillement, la tête penchée en avant, les mains posées sur la pierre tombale. Les nuages s’écartèrent un bref instant pour laisser la lune jeter sa pâle lumière sur l’ombre qui était un jeune homme. Il avait les yeux larmoyants et ses lèvres bougeaient lentement. Que pouvait-il murmurer ainsi ?

Sur ces faits, une silhouette féminine se dressa à côté du jeune homme, regardant avec mépris la tombe. Elle attrapa l’homme par les bras et le fit se relever. Elle le tourna face à elle puis, sans une parole, lui adressa une violente gifle dont le claquement rompit le silence. La jeune femme était folle de rage et lançait des éclairs de son regard au jeune homme qui se tenait la joue.

- Arturus, ne t’ai-je donc pas dit un millier de fois de ne pas venir te recueillir sur ta propre tombe.

Le jeune homme regardait la femme de ses yeux pleins de larmes sanguinolentes et son regard en disait long sur les sentiments qu’il éprouvait envers elle. Il l’aimait et la haïssait.

- Ma douce Eléonore, ne me pousse pas à renier ce que j’étais lorsque tu n’avais pas damné mon âme dans les ténèbres. Je pleure sur le brillant avenir qui s’offrait à moi, doux rêveur que j’étais. Mes vers commençaient à être connu à travers tout le pays et ma famille, qui m’avait renié pour mes choix, était revenue vers moi.

En disant ces mots, Arturus arracha la mousse qui recouvrait son nom sur la pierre tombale et lut à haute voix ce qui y était écrit.

- Arturus Rimbaldus. 1854-1861. Jeune poète. Il a rejoint les étoiles dont il parlait si merveilleusement.

Il se tourna vers Eléonore, la colère se lisant dans ses yeux, et il l’attrapa par le cou, serrant de toutes ses forces. Elle se débattait tant bien que mal pour se libérer mais la force d’Arturus avait été décuplée par sa colère.

- Pourquoi as-tu détruit ce que j’étais ? Etais-tu obligé de m’ôter mon don en me damnant pour l’éternité ?

Elle n’arrivait plus que très difficilement à respirer tant il serrait fort et dans un faible murmure, elle lui répondit avec sincérité.

- Je te voulais à moi toute seule ainsi que ton don. Je voulais être la seule à entendre et lire tes vers. Je t’aimais et t’aime toujours autant. Pardonne-moi d’avoir été si égoïste.

Il lâcha son emprise et la serra contre son cœur. Elle pleurait à chaudes larmes et répétait les mêmes mots encore et encore.

- Pardonne-moi Arturus ! Pardonne-moi ! Pardonne-moi !

Il tentait de la réconforter, désolé de lui avoir fait du mal. Ils restèrent ainsi enlacés de longues minutes où chacun demandait à l’autre de le pardonner.

Les nuages furent chassés par un courant d’air et les étoiles se montraient dans toute leur beauté, suspendues dans la voûte stellaire avec la lune à la pâle blancheur. Arturus et Eléonore étaient toujours enlacés, devant la tombe du vampire, et ils échangeaient maintenant baisers et caresses avec tendresse. Ils offraient un spectacle surréaliste. Leur peau blême brillait étrangement sous la lumière des étoiles et de la lune. Les minutes puis les heures s’écoulèrent sans qu’ils ne disent un mot, sans que quoi que ce soit ne vienne perturber leur étreinte.

L’aube était toute proche et un signal d’alarme silencieux retentit en eux, rompant leur étreinte. Ils sentaient dans l’air la chaleur des premiers rayons qui crèveraient l’horizon d’un instant à l’autre. Ils devaient regagner leur demeure afin d’y trouver refuge pendant la journée. Ils se tenaient la main et couraient dans les rues encore désertes après avoir franchi d’un bond le mur du cimetière. Les façades des maisons défilaient à toute vitesse devant leurs yeux alors que les premiers rayons du soleil trouaient l’horizon. Ils ne se sentaient plus des chasseurs en cet instant mais des proies fuyant un prédateur impitoyable qu’était le soleil pour eux. La façade de leur demeure se dessinait devant eux alors que de la fumée s’élevait de leurs habits, de leur chair et de leurs cheveux. Arturus se plaça derrière Eléonore, lui servant de rempart contre les assauts du soleil, alors qu’ils franchissaient les cent derniers mètres. Les flammes léchaient maintenant le dos d’Arturus et ils pénétraient enfin dans leur refuge. Eléonore criait de terreur devant le dos enflammé du vampire qui se roula par terre pour éteindre les flammes. La douleur était insupportable tant les flammes avaient creusé sa chair. Elle s’approcha de lui, s’entailla le poignet puis versa son sang sur le dos d’Arturus. Ses brûlures guérirent de façon quasi instantanée, ne laissant qu’une peau légèrement rapeuse. Ils se regardaient dans les yeux, leur regard remerciant l’autre de ce qu’il venait de faire, sans qu’aucun mot ne soit dit. Ils se vouaient un si grand amour entaché par la rancœur d’Arturus. Ce fut ce dernier qui le premier brisa le silence.

- Etait-ce la folie qui m’a poussé à braver le soleil en te protégeant ainsi de ses rayons ? Pourquoi n’ai-je point laissé les flammes te lécher pour t’infliger une punition contre ton égoïsme ? Même la mort ne m’a apporté la postérité ou la reconnaissance de mon talent par mes pairs. Ils m’ont tous oublié. Pas une seule personne en ce monde ne se rappelle mes vers ni même mon nom. Tout ceci, je te le dois et je réclame réparation.

Elle le regardait, profondément blessée par ses paroles, horrifiée à l’idée qu’il puisse vouloir sa mort. C’en était trop pour elle. Elle devait lui révéler la vérité. Elle sortit des feuilles de papier jaunies par le temps mais en parfait état. Elle se mit à lire à voix haute.

- Ô si belles étoiles perchées dans l’obscurité sans fin. De votre éclat, guidez mon âme et mon destin. Pour que par mes mots, j’égale votre beauté. Et que mon nom, jamais, ne soit oublié. Offrez moi l’éternité ou que je sois damné. Si tel est tout ce que vous voulez.

Arturus, fou de rage, arracha les feuilles des mains d’Eléonore et découvrit son écriture sur chacune d’elle. C’était ses vers qu’il avait composé de son vivant et qui avait sombré dans l’oubli, tout comme lui, à sa mort. C’était donc elle qui les avait dérobé lorsqu’elle l’avait damné par le sang ténébreux.

- Ainsi donc, je comprend mieux pourquoi j’ai sombré dans l’oubli. Tu m’y as jeté par tes actes. Et tu oses prétendre m’aimer ? En me privant de la gloire qui aurait dû être mienne. Va au diable et que je ne te revois plus jamais. Ma haine pour toi a dépassé l’amour que je te vouais. Jamais plus nos chemins ne devront se croiser ou l’un de nous deux sera anéanti.

Sur ces mots, si durs, il s’enveloppa dans de amples vêtements et cacha son visage sous une capuche. Il ouvrit la porte et disparut en emportant avec lui ses poèmes. Elle le regardait, les yeux débordants de larmes, et se sentait abattu par ce qu’Arturus lui avait dit.

- Pourquoi tant de haine mon amour ? Ne peux-tu donc comprendre que je t’aime au point de ne pouvoir me résigner à te partager avec le monde entier ? Reviendras-tu sur tes pas et me pardonneras-tu ? Viendras-tu accomplir ta sombre menace.

Elle pleurait maintenant de tout son être, regardant la porte restée grande ouverte, laissant pénétrer la lumière mortelle du soleil en ces lieux. Elle referma la porte en se brûlant les mains. Elle n’avait plus que faire de la douleur physique, son cœur souffrant le martyr.

Une éternité de peine

Publié le 25/09/2008 à 12:00 par blackangel822002
C’était il y a une vingtaine d’années, lors d’une nuit d’été, qu’un ange tomba éperdument amoureux d’une vampire. Union inconcevable qu’elle était entre ces deux êtres, le messager de Dieu et la femme damnée dans les ténèbres. De leur amour, naquit un être ayant hérité des pouvoirs des deux créatures à la différence près qu’il n’avait pas d’ailes et qu’il ne craignait pas la lumière du soleil. Il était considéré comme un miracle par sa mère, les vampires ne pouvant procréer. Cet être si chétif comblait de joie son père qui, le serrant contre son cœur, lui fit découvrir les cieux. Dieu, qui était furieux de cette union, condamna l’enfant à une éternité de peine. Il déchut son père, le condamnant à vivre et mourir comme un mortel, et infligea à sa mère une mort lente et douloureuse sous les rayons du soleil levant. Son père fut incapable de survivre au chagrin que provoqua la mort de sa bien-aimée et il déposa son fils aux portes d’une église avant de se donner la mort en sautant du toit d’un immeuble.

Les années passèrent et l’enfant Janus grandissait et faisait preuve d’une sagesse, d’une bonté et d’une force hors du commun. Ce qui n’était pas sans intriguer ceux qui l’entouraient mais ayant également développé très tôt une capacité à lire dans les pensées, il parvenait à ne pas éveiller de soupçons sur sa remarquable robustesse. Malheureusement pour lui, une inextinguible soif de sang le conduisait fatalement à vider de leur sang tous ceux qui avaient un jour compter pour lui. C’était une malédiction qui le plongeait chaque jour un peu plus dans un océan de peine et il se contraignait toujours plus à fuir l’affection que lui portaient les gens. C’était ainsi qu’au terme de quinze années à tuer ceux qui l’aimaient et qui l’élevaient, il fugua et disparut de la ville qui l’avait vu grandir. Il avait trouvé refuge dans une ferme abandonnée depuis des années au vu de l’état de délabrement avancé. Cinq années passèrent où il se nourrissait du sang des rongeurs et autres animaux ayant le malheur de s’approcher de son domicile. Il avait trouvé un semblant de paix intérieure, refoulant sa peine au plus profond de son âme jusqu’à ce que son passé finisse par le rattraper.
Ayant pris l’habitude de sonder mentalement les alentours pour être certain d’être à l’abri et à l’écart de la civilisation, il ressentait un esprit de plus en plus proche qui lui était impénétrable. Intrigué, il lançait des visions d’horreur dans le but d’effrayer l’être qui s’approchait mais en vain. Celui-ci lui adressa une pensée d’apaisement indiquant qu’il venait en ami et qu’il avait connu sa mère. Janus accepta sa venue mais restait néanmoins méfiant envers cet inconnu. L’étranger se tenait à présent devant la ferme qui servait de cachette à l’être mi-ange mi-vampire. Il avançait lentement vers Janus qui se tenait sur le palier et lui souriait chaleureusement. Le jeune homme ne lui rendit pas son sourire et le fixait le visage fermé. L’invité lui serra la main en ne cessant de contempler sa tête.

- Tu as les cheveux et la bouche de ta mère Janus. Mais je n’arrive toujours pas à croire qu’un tel miracle ait pu avoir lieu. Il est normalement impossible aux vampires de procréer.

Janus le regardait les yeux écarquillés d’entendre tout ceci alors qu’il ne connaissait pas l’homme qui lui faisait face. L’homme lisait ses pensées comme dans les pages d’un livre et s’excusa de ne pas s’être présenté.

- Excuse moi Janus, j’étais tellement content de te trouver depuis des années où je te cherche. Je suis Balgiriel et je fus celui qui offrit le sang de l’immortalité à ta mère. Je l’aimais tellement que mon chagrin fut immense et nombreuses furent les nuits que j’ai passé à la pleurer.

En prononçant ces mots, Balgiriel fut submergé par son chagrin, des larmes de sang coulaient sur ses joues et tombaient sur le sol poussiéreux de la ferme. Janus se sentait gêné devant le chagrin du créateur de sa mère alors que lui n’éprouvait aucune émotion envers elle, ne l’ayant jamais connu. Dans un élan de gentillesse qui le surprit, Janus serra Balgiriel contre son cœur.

- Pardonnez moi de n’éprouver aucune tristesse à son égard mais je ne l’ai jamais connu ni même vu ne serait-ce que son visage. Je serais ravi que vous acceptiez de me parler d’elle.

Balgiriel regardait Janus, un léger sourire éclairant son visage, et il sécha ses larmes en s’écartant du jeune homme. Janus attendait sa réponse, espérant du fond du cœur qu’elle soit positive et se sentait enfin moins seul d’avoir retrouvé un parent à lui. Janus conduisit Balgiriel dans le salon où ils s’installèrent.

- Bien, Janus, je vais tout d’abord te narrer comment j’ai rencontré ta mère et toutes les années qu’elle a passé à mes côtés. La première fois que je la vis, elle était une simple femme de chambre dans un hôtel aux abords de la ville où j’avais élu domicile. C’était lors d’une de mes chasses que, par pur hasard, j’entrai dans ce bâtiment, y ayant senti un parfum enivrant de fleurs sauvages. C’était l’odeur de ta mère et elle avait tout d’une fleur sauvage, la beauté et la fragilité. Mon cœur s’éprit d’elle à l’instant où mon regard se posa sur elle. Toutes les nuits suivantes, je les passai à la contempler et à m’enivrer de son parfum, réfléchissant à la manière de l’aborder sans l’effrayer. Ce fut elle qui, la première, brisa la glace et m’adressa la parole et sa voix était pareille à celles des anges, enchanteresse et harmonieuse. Elle me demanda pourquoi un gentilhomme tel que moi venait se perdre dans un hôtel comme celui-ci. Je saisissais la chance qui s’offrait à moi en lui répondant que je venais pour la voir elle. Intimidée, elle rougissait fortement et me laissa seul pour revenir, quelques minutes plus tard, me déposer un mot. Elle me donnait rendez-vous à l’extérieur dès qu’elle finissait son service. Je me rendis donc à l’extérieur et l’y attendis, au lieu même où elle me rejoignit et nous partîmes. Jamais plus elle ne retourna travailler en cet endroit sordide. Je lui offris tout l’argent qu’elle avait besoin pour se payer de beaux vêtements et lui donnai la plus belle chambre de ma demeure. Deux années s’écoulèrent pendant lesquelles elle passait ses journées à étudier et ses nuits à mes côtés à s’émerveiller de toutes choses.

Janus l’interrompit, commençant à trouver long le récit et il voulait en venir plus rapidement à ce qui l’intéressait. Comment sa mère était-elle devenue vampire ?

- Pardonnez-moi Balgiriel mais comment ma mère est-elle devenue une créature de la nuit comme vous ? Et de quelle manière a-t-elle rencontré mon père ?

Balgiriel souriait devant l’empressement de Janus, typique de la jeunesse, et lui fit un signe d’apaisement.

- Ne sois pas aussi pressé Janus. Si je te raconte tout ceci, c’est pour te permettre de savoir comment était ta mère. Si tu veux bien écouter sans m’interrompre à nouveau, je pourrais continuer.

Janus fit oui d’un signe de tête, retenant le flots de questions qui l’envahissaient, et Balgiriel prit une profonde inspiration avant de reprendre.

- Bien, tout ceci dura un temps où je la voyais se faner, se flétrir comme une fleur qu’elle était. Ne voulant pas assister à sa lente agonie, lorsqu’elle fêta son trentième anniversaire, ce qui faisait un âge proche de celui où je suis moi-même devenu vampire, je lui proposai d’abandonner la mortalité. Je lui laissai deux jours pour réfléchir et apprêter sa réponse mais elle me fit attendre une année avant de me répondre. Durant ce laps de temps, elle abandonna le rythme de vie qui était le sien, s’éloignant de la lumière du jour, pour ne plus vivre qu’en même temps de moi. Je lui montrais ce que signifiait être vampire, agissant avec violence et cruauté pour me nourrir, ne maquillant plus ma peau blême. Elle avait ainsi vu toutes les choses les plus sombres dont j’étais capable mais tout ce qu’elle retint, c’était que toutes nos sensations étaient décuplées et que le monde nous appartenait dans toute sa gloire et sa beauté nocturne. Elle accepta finalement ma proposition. Ce qui, comme tu peux le deviner, me remplit d’une joie intense. Je décidai, avec son accord, que sa renaissance au monde des ténèbres aurait lieu à la pleine lune, ce qui lui laissa trois journées pour dire adieu à son ancienne vie et au soleil. Lorsque la nuit fatidique fut arrivée, je lui demandai d’attendre mon retour, le temps pour moi de me gorger de sang. Elle profita de mon absence et brûla, dans la cheminée, livres, cadres, peintures, vêtements jusqu’à ceux qu’elle portait. C’était ainsi que je la découvris nue, sa peau brillant aux lueurs des flammes. Je le découvrais pour la première fois, avec ses formes généreuses et ses petites imperfections que gommerait mon sang ténébreux en s’insinuant en son être. Elle m’offrit sa nuque et j’y plantai mes canines, aspirant goulûment son sang. Je la sentais faillir, plus son sang la quittait, et je m’arrêtai alors que son cœur ne battait plus que d’un très faible écho. Je m’entaillai le poignet et lui collai à la bouche. Elle aspira faiblement au début puis elle se fit violence, buvant mon sang avidement, me plongeant dans une transe orgasmique. Je l’arrêtai une fois qu’elle avait bu suffisamment pour être forte. Je la fis s’allonger dans le cercueil où je dormais le temps que son corps abandonne la mortalité. Pendant ce temps, je fonçai me rassasier car j’étais affaibli par la quantité de sang qu’elle avait bu. Lorsque je revins, je la trouvai pleine de vie, émerveillée par la vision que lui offrait le sang ténébreux, toujours aussi nue mais ne ressentant pas le froid. Elle me sauta au cou et enfin, je me permis de l’étreindre avec fougue, comme jamais je ne l’avais fait auparavant de peur de la blesser. Je l’emmenai chasser avec moi après lui avoir fait mettre des vêtements qui m’appartenaient. Elle se révéla très douée à cet exercice et il ne lui fallut guère longtemps pour être repue. Elle m’entraîna ensuite dans le quartier marchand et y dévalisa les boutiques de vêtements et de chaussures, se faisant une nouvelle garde robe. Nous retournâmes ensuite dans notre demeure et nous y laissâmes libre court à notre passion, nous griffant, nous mordant, nous embrassant et nous caressant.

Balgiriel se têt, reprenant son souffle. Des larmes de sang coulaient sur ses joues à l’évocation de ce bonheur passé qui l’avait fui. Janus le regardait fixement et n’osait briser ce silence. Balgiriel essuya ses larmes avec un mouchoir puis esquissa un petit sourire à Janus avant de reprendre.

- Le soleil lançait ses premiers rayons à l’horizon et nous gagnâmes donc le couvert de mon cercueil où nous passâmes la journée. A la tombée de la nuit, je la regardai se lever, pleine d’une folle envie de découvrir l’étendue de ses capacités. C’est ainsi que nous avons passé trois années à repousser chaque nuit nos limites et je la découvrais mon égale dans bien des domaines. Sa sagesse surpassait la mienne et je paraissais tel un enfant à ses côtés. Malheureusement, elle finit par se lasser de nos jeux et elle partait de plus en plus seule en chasse ou dans ses escapades nocturnes. Un soir, elle m’avait laissé un message, me disant qu’elle partait découvrir le monde. Je suis resté deux siècles à espérer son retour à mes côtés, me lamentant du poids de ma solitude. Puis, il y a environ un quart de siècle, un écho m’est parvenu quant à une femme vampire, à la beauté d’une fleur sauvage, qui aurait réussi à tomber enceinte d’un ange. Cette vampire n’était autre que ma douce infant, ta mère. J’ai essayé de rencontrer ta mère et son ange, ton père, mais je n’ai pu la retrouver de son vivant. J’ai ressenti sa disparition alors que j’étais tout proche de la ville ou tu es né.

Janus pleurait à chaudes larmes, des flots de sang coulant le long de ses joues. Balgiriel le regardait en partageant sa peine et lui tapota l’épaule.

- Allons mon enfant, pourquoi pleures-tu ainsi ? Ne sois pas triste. N’oublie pas que tu es le plus beau cadeau que ta mère pouvait avoir. Te mettre au monde.

Balgiriel souriait chaleureusement en prononçant ces paroles et il était rempli d’un étrange sentiment de fierté à son égard car il était d’une certaine manière le grand-père de Janus. Janus le regardait intensément en essuyant ses larmes.

- Vous ne m’avez pas dit comment s’appelaient mes parents. N’ont-ils donc pas de noms ? Ont-ils une tombe décente ? Dites moi !

Balgiriel reçut de plein fouet ces questions auxquelles il espérait échapper. Il fit un signe de négation de la tête et un signe de dépit de ses bras.

- Je n’ai jamais pu connaître le nom de ton père. Quant à ta mère, elle avait vraiment tout d’une fleur, même le nom, elle s’appelait Rose. Ta mère a péri sous les rayons meurtriers du soleil levant. Il ne restait rien d’elle. Ses cendres ont été dispersées par le vent. Je n’ai pu que faire dresser une stèle à sa mémoire dans les jardins de ma demeure. Ton père, n’ayant aucune identité connue en ce monde, a été jeté dans une fosse commune, anonyme parmi tant d’autres. Je suis désolé.

Le temps s’était écoulé si vite, tant Balgiriel en avait raconté à Janus sur ses parents, surtout sur sa mère d’ailleurs, que les rayons du soleil léchaient à présent le corps de Balgiriel à travers les fenêtres. Celui-ci poussa un cri de terreur et de douleur mélangées alors que son corps s’était embrasé. Janus fut tellement surpris qu’il était immobile face à Balgiriel qui se consumait à la vitesse d’un bois fort sec. Il ne resta bientôt plus que cendres de celui qui en avait tant appris de l’histoire de sa famille à Janus. Il était de nouveau seul, le cœur broyé par la mort de son seul parent connu, et ses yeux débordaient de larmes de sang. La malédiction, que Dieu lui avait jeté, venait de frapper une nouvelle fois.

L'ombre et la lumière

Publié le 21/09/2008 à 12:00 par blackangel822002
Au cœur de la nuit, un ange survolait de grandes étendues de prairies, s’émerveillant du silence qui régnait sur la nature lorsque le soleil avait laissé la place à la lune. Il survola une vieille bâtisse délabrée d’où provenait, à travers les fenêtres, une vive lumière qui était égale à celle du soleil. Il se laissait descendre, intrigué qu’il était par ce qu’il voyait. Il se posa devant les portes d’entrée, s’émerveillant devant la lumière qui lui réchauffait le cœur, et les questions fusaient dans son esprit. Il s’approchait lentement, un pied après l’autre, de l’entrée de la bâtisse et tendait la main pour se saisir de la poignée.
Il toucha la poignée et la porte s’ouvrit sur un spectacle qui paralysait l’ange. Un grand feu brûlait sans consumer quoi que ce soit dans la bâtisse. Au milieu des flammes, une ombre s’avançait vers lui sans qu’il ne puisse distinguer quel était cet être. L’ange était toujours dans l’incapacité d’esquisser le moindre mouvement, les yeux rivés vers l’ombre qui s’approchait toujours plus de lui. L’ombre laissa la place à un ange tout de noir vêtu, de longues ailes noires repliées dans son dos, des cornes sur le front et des yeux brillants d’un éclat maléfique. L’ange noir s’adressait à l’ange paralysé avec un rictus au coin des lèvres.

- Ainsi donc, tu t’es enfin décidé à venir jusqu’ici, Meledric. Tu es prêt à rejoindre la véritable puissance de ce monde ?

Meledric semblait terrorisé à la vue de l’ange noir ainsi qu’en entendant ses paroles et il essayait de reprendre le contrôle de lui-même pour récupérer sa liberté de mouvement. Il récupéra enfin ses moyens et tendait un doigt accusateur vers l’ange noir.

- Toi, Machiavel, comment as-tu pu te laisser séduire par les ténèbres et rejoindre celui qui se nomme Lucifer ? La lumière du jour ne te manque-t-elle pas ? Tu ne mérites pas d’exister et en tant que serviteur de Dieu, je me dois de réparer cet erreur.

Machiavel éclata de rire devant les paroles niaises de Meledric. Il déployait maintenant ses ailes noires, les flammes brûlant derrière lui projetaient une ombre immense qui engloutissait Meledric. Machiavel dégaina une longue dague à la lame noire comme son âme et avançait d’un pas sûr vers Meledric. Ce dernier reculait vers la sortie de la bâtisse, d’où il espérait pouvoir s’envoler pour fuir l’affrontement en milieu qui lui était hostile. C’était ainsi qu’en passant sous la porte, il dégaina à son tour une dague de laquelle émanait une paisible lueur. Il déploya ses ailes et s’envola les yeux rivés vers Machiavel qui le suivait armé de sa dague et le regard haineux.

Leurs ailes les portèrent haut dans le ciel, au dessus des nuages, et Meledric faisait maintenant face à Machiavel, dague à la main. Machiavel, sûr de lui et de sa force, tenait sa dague le long de sa jambe pointe vers le bas, et Meledric lui la tenait devant son visage, prêt à parer une éventuelle attaque. Machiavel ricanait devant la peur qui émanait de Meledric.

- Voyons Meledric, tu n’espères quand même pas réussir à me résister arme au poing, tu sais bien que j’ai toujours été l’ange le plus adroit au maniement des armes.

Après ces quelques paroles, il se précipita sur l’ange blanc et, d’un geste rapide, le désarma, sa dague tombant longuement vers le sol en traversant les nuages. Meledric avait le visage blême et reculait le plus vite possible pour éviter de recevoir la lame noire de Machiavel en plein cœur. Celui-ci souriait devant cette manœuvre désespérée qui ne faisait que retarder l’inévitable car quand bien même Meledric réussirait à fuir, son destin était scellé et sa vie s’achèverait sur la lame noire de Machiavel qui aspirerait son âme et lui infligerait mille tourments durant une éternité. Meledric plongea en piqué pour récupérer sa dague qui avait maintenant atteint le sol, se plantant dans le marbre d’une tombe. Machiavel plongea à sa poursuite, le bras en avant, la dague pointée vers Meledric reflétait étrangement la faible lumière des étoiles qui venait l’éclairer. Meledric eut à peine le temps de se saisir de sa dague que l’ange noir était derrière lui, brisant le silence nocturne d’un rire cruel. Meledric se retourna et, trébuchant sur le bord de la tombe, se cogna la tête sur le rebord en marbre et s’ouvrit le crâne. Du sang perlait sur son front et coulait sur ses yeux, troublant sa vue mais il se releva et faisait face à Machiavel qui était hilare de la maladresse dont venait de faire preuve l’ange blanc.

- Dieu ne t’a donc pas appris à tenir sur tes jambes ? Mais ce n’est pas la seule chose qu’il n’apprend pas à ses anges. Rejoins moi, échappe à la servitude de Dieu et tu découvriras tous les secrets qu’il cache à ses serviteurs.

Meledric secouait la tête, refusant sans dire un mot de rejoindre Machiavel dans les ténèbres, et essuya le sang qui lui masquait la vue, pointant sa dague vers l’ange noir. Il déploya ses ailes blanches et majestueuses puis s’envola par-dessus les tombes, son sang gouttant sur le marbre des monuments funéraires. Machiavel bondit dans les airs en direction de Meledric puis ouvrit ses ailes noires et le pourchassa, son cœur attristé de n’avoir pu convaincre son ancien frère de le rejoindre, car maintenant il ne pouvait le laisser s’échapper ni repousser l’heure de son trépas.
Lorsqu’il rattrapa l’ange blanc, il lui agrippa le pied et le tira vers lui avant de lui planter sa dague en plein cœur. Mortellement blessé, Meledric tombait sans parvenir à ralentir sa chute de ses ailes qu’il ne parvenait plus à faire battre. Il s’écrasa lourdement, dans un bruit d’os brisé, sur le parvis de l’église jouxtant le cimetière et demeurait immobile, le corps désarticulé tel un pantin, se vidant de son sang par la plaie qu’avait ouverte la lame noire de Machiavel ainsi que par les nombreuses fractures ouvertes dues à sa chute.
Machiavel se posa à ses côtés, les yeux remplis de larmes de voir le corps inanimé de celui qui fut son frère bien-aimé. Il savait qu’il ne pouvait laisser ainsi le corps de Meledric car ceux qui le verraient sauraient que leurs croyances en Dieu et ses anges ne seraient pas vaines. Il décida donc d’arracher les ailes blanches maculées de sang du dos de Meledric et lorsqu’il l’eut fait, il les emporta avec lui comme symbole de la fin de celui qu’il avait pour mission de rallier à sa cause ou de le tuer. C’est ainsi qu’il laissa sur le parvis de l’église le corps inanimé de Meledric, l’ange blanc.

Vengeance Eternelle

Publié le 21/09/2008 à 12:00 par blackangel822002
Simple lever de soleil qui prenait pour cet homme une signification particulière depuis qu’il avait franchi les portes du monde des ténèbres. Les premiers rayons de la lumière diurne étaient pour lui telle une sonnette d’alarme résonnant dans son esprit. Il lui fallait rapidement gagner le couvert des ténèbres pour échapper aux cruelles flammes qu’allumerait le soleil en baignant son corps. Une course contre la montre était lancée contre le jour naissant et la défaite n’était pas envisageable dans ses projets d’éternité. C’était ainsi que la peur au ventre, il avait atterri dans cette bâtisse abandonnée aux ouvertures du rez-de-chaussée condamnées par des briques et, d’un bond il était entré par une fenêtre ouverte aux intempéries située à l’étage. Il avait trouvé refuge dans ce qui était le salon de cette demeure, au milieu duquel trônait un canapé miteux. Coincé jusqu’à la tombée de la nuit, il y prit place le plus confortablement possible après s’être débarrassé de son long manteau de cuir noir. Il se demandait comment donc avait-il pu se laisser surprendre par les premières lueurs du jour, lui qui par mesure de précaution, regagnait toujours son repère deux heures avant la fin de la nuit. Pour essayer de trouver une réponse à cette question, il décida de se remémorer à haute voix tous les événements de la nuit écoulée. Il pris une profonde inspiration et ramena ses pensées au moment de son réveil.

- Je me suis levé dès que les derniers rayons du soleil disparurent à l’horizon. Je me suis douché puis habillé comme le font bon nombre d’adorateurs de cette musique aux sonorités électriques et violentes, où le chanteur semble se faire torturer tant ses cris sont incompréhensibles. D’ailleurs, cela me fait penser que parmi eux, certains nous vouent un culte alors qu’ils n’ont aucune certitude quant à notre existence. Je pourrais devenir leur dieu, faire d’eux mes adorateurs et mes esclaves, me nourrir de leur sang. Je m’égare là ! Qu’ai-je fait ensuite déjà ? Ma mémoire à court terme me joue des tours ces temps-ci alors que je me souviens parfaitement de ma dernière nuit de mortel et de mes premiers pas dans les ténèbres. Voila que cela me revient ! Je suis allé me promener à l’allure des mortels dans le centre ville. Que j’aime errer parmi eux afin de me repaître de leur parfum, de leurs regards qui me dévisagent et de leurs pensées. Quel plaisir de lire en eux tel dans les pages d’un journal intime, et découvrir leurs secrets les plus inavouables, leurs fantasmes et leurs plus grandes craintes. Quelle tristesse que celle que j’ai ressenti en lisant en lisant les pensées de cette jeune femme en tenue de mariée qui fendait la foule en tenant une boite à bijoux et une lettre. Elle avait une telle volonté de mettre fin à ses jours. Est-elle encore vivante ? Si seulement il n’avait pas eu autant de monde, j’aurais volontiers pris sa vie en la vidant de son sang. J’aurais peut-être même pu m’en faire une compagne, qui sait. Non, elle voulait trop quitter ce monde, je n’aurais pu l’en dissuader pour lui faire don de la vie éternelle ici bas. J’ai encore perdu le fil des événements de la soirée. Je suis vraiment trop tête en l’air. Hum, ensuite, que s’est-il passé ? Ha oui, je suis allé me nourrir dans ce square où errent chaque soir les camés et les dealers. J’ai vidé de son sang un homme grassouillet qui vendait son poison à des paumés. Son sang avait un goût délicieux et il était riche en sucres. Je m’en lèche encore les babines. Les junkies étaient bienheureux de le dépouiller de sa drogue et de son argent. Je me suis effacé dans l’ombre pour qu’ils ne puissent détailler mon visage bien que je doute que leurs cerveaux soient capables d’enregistrer quelconque chose encore. Je me suis ensuite rendu dans ce bar miteux où passent chaque soir des musiciens sans réels talents, nous accablant de reprises plus ou moins pittoresques. Oui, je crois avoir trouvé pourquoi je me suis fait surprendre par le soleil levant. Il y avait cette fille, toute seule au fond du bar, qui m’a attiré et dont je n’ai jamais pu lire la moindre pensée dans son esprit.

Il était complètement décontenancé par cette femme dont il n’avait pu percevoir la moindre pensée. Il s’efforçait de rassembler tous ses souvenirs depuis le moment où il l’avait rencontré.

- Mais que diable m’a-t-elle fait ? Etait-ce une sorcière qui aurait joué avec mes souvenirs ? Qu’ai-je donc bien pu faire durant le restant de la nuit ? Comment ai-je atterri au beau milieu de la ville alors que le soleil dardait ses premiers rayons sur le béton des bâtiments ? Il s’en est fallu de peu pour qu’il me transforme en torche et me consume pour ne laisser de moi que cendres. Il faut absolument que je la retrouve pour la forcer à me dévoiler la vérité. Dès que la nuit sera tombée, je partirai à sa recherche.

Sur ces paroles, il s’étendit de tout son long et se fit happer par le sommeil diurne des vampires. Pendant que son corps était dans un état d’engourdissement prolongé, son âme ressassait tous les visages qu’il avait déjà vus. L’étrange femme apparut à l’entrée du salon où reposait le corps du vampire. Elle s’approcha lentement du canapé miteux, sans un bruit, flottant à quelques millimètres du sol puis s’arrêta devant la tête aux yeux clos. Elle s’agenouilla et se mit à lui murmurer au creux de l’oreille.

- Tu m’as oublié Nathaniel ? Ne te souviens-tu pas de la promesse que tu m’avais faite ? Quoi qu’il advienne, je reviendrais te chercher et nous serons ensemble pour toujours. Ce sont là les mots que tu avais prononcé. Tu es revenu oui, mais au lieu de m’emmener avec toi, tu m’as vidé de mon sang et a laissé la mort s’emparer de moi. J’ai longtemps erré en ces lieux. Je les ai hanté pendant trois siècles mais maintenant, je t’ai enfin retrouvé.

Nathaniel frissonna de tout son corps pendant son sommeil à ses paroles qui venaient heurter de plein fouet son âme. Il se réveilla en sursaut, les yeux hagards, et se redressa avant de s’asseoir sur le rebord du canapé. Il était face à la femme qui avait provoqué ce réveil en sursaut et des larmes de sang coulaient sur ses joues.

- Helena, pardonne-moi, j’étais rempli d’une soif de sang telle que je n’arrivais plus à me contrôler. J’ai subi la damnation éternelle en devenant l’être que je suis. Lorsque j’ai réalisé que je t’avais tué, je suis resté des semaines entières à te pleurer et à maudire celui qui m’a transformé.

Helena le regardait, imperturbable, aucune émotion ne transparaissant sur son visage. Nathaniel s’agenouilla à ses pieds, la suppliant de lui pardonner cet acte. Pour toute réponse, elle enfonça ses mains fantomatiques dans la tête du vampire et lui fit ressentir toute la souffrance, la tristesse et la colère qu’elle ressentait depuis cette nuit tragique. Abasourdi par tant de souffrance qu’il recevait en une seule fois, il chancela et tomba le long du canapé, pleurant de tristesse et hurlant de douleur. Elle le regardait avec dégoût, se demandant comment elle avait pu l’aimer.

- Nathaniel, cette souffrance n’est rien comparée à l’éternité de douleur que tu m’as offert en me tuant. Mais maintenant, tu connaîtras milles tourments car jamais plus nous ne serons séparés. Tu vas subir ma vengeance.

Sur ces paroles, les yeux d’Helena se remplirent de flammes. Nathaniel restait cloîtré dans un mutisme que seule la mort l’en délivrerait. Elle se fondit dans le corps du vampire, le possédant totalement, contrôlant chacun de ses mouvements.

Elle releva le corps de Nathaniel et le dirigea à l’étage, là où le soleil pénétrait par les fenêtres brisées. Les rayons qui touchèrent le corps de Nathaniel consumaient sa peau et sa chair, lui infligeant de profondes cicatrices. Helena, ravie de défigurer ainsi le corps de Nathaniel, le fit se traîner en haut des escaliers avant de le faire les dévaler, lui brisant les membres et de multiples côtes. Elle laissa le corps ainsi brisé et brûlé en bas des escaliers. Elle en sortit, ricanant devant l’aspect pitoyable du vampire.

- Relève toi ! Ta souffrance ne fait que commencer. Tu regretteras d’exister tel que tu es et tu t’abandonneras à la lumière du soleil ou au bucher.

Dans un geste sans espoir où sa douleur était à son paroxysme, Nathaniel assena un coup de poing qui traversa Helena. Elle le regardait avec amusement tant il était idiot de sa part d’essayer de la toucher de quelque manière que ce soit. Il gisait maintenant étalé de tout son long, son geste désespéré l’ayant propulsé en avant. Elle dansait autour de lui en l’injuriant et lui promettant de plus terribles souffrances encore. La peur se lisait dans les yeux du vampire. Il était entièrement à la merci d’Helena. Il n’était qu’un pantin désarticulé qu’elle mouvait selon ses envies.

Les heures parurent interminables à Nathaniel qui espérait qu’Helena ne lui ferait pas subir à nouveau les douloureuses caresses des rayons du soleil. Ses os s’étaient ressoudés car telle était la vitesse de guérison des vampires qu’il ne leur fallait que quelques heures là où ça prendrait des mois aux mortels. Mais cette rapide guérison avait un coût, elle causait une inextinguible soif de sang pour lui rendre ses forces. Il avançait lentement, le dos voûté comme un grand-père, et rejoignit la fenêtre par laquelle il était entré et se laisser tomber dans la rue. Ses jambes ne lui permirent pas de se réceptionner correctement et il s’affala sur le sol. Helena le rejoignit à l’extérieur en traversant la façade de la maison. Elle le suivait alors qu’il progressait lentement, incapable de marcher droit comme un homme ivre sortant d’un troquet. Il lui fallait trouver une victime car les forces lui manquaient cruellement pour lutter contre les heures qui s’écoulaient rapidement. Déjà quatre heures s’étaient écoulées depuis le coucher du soleil et il apercevait enfin une victime potentielle. Il s’approchait d’elle mais Helena ne comptait pas le laisser faire. Elle se mit face à lui, son regard en disait long sur la haine qu’elle ressentait..

- Non, tu ne feras plus aucune victime, Je t’en empêcherais jusqu’à ce que ta soif te rende fou.

Elle se glissa dans le corps de Nathaniel, prit possession de ses muscles, de ses nerfs et de chaque parcelle de son corps, le paralysant. Le vampire se débattait pour reprendre le contrôle de son corps mais son âme ne parvenait à chasser le spectre vengeur d’Helena. Son âme fut repoussée jusqu’à un recoin de son cerveau et il se retrouvait dans une position de spectateur. Helena déplaçait le corps de Nathaniel avec aisance et se dirigeait vers l’église de la ville. Arrivés sur le parvis de l’église, Nathaniel était en train de rassembler ses forces pour tenter une nouvelle fois de chasser Helena de son corps. Elle fixait son attention sur les mouvements du corps du vampire pour le faire sauter sur le toit de l’église. Il trouva que le moment était bien choisi et il lança son assaut en une puissante vague d’énergie qui surprit Helena et la projeta hors de son corps. Il profita de cette liberté retrouvée pour s’engager dans l’église par la porte ouverte et se dirigeait maintenant vers le fond du bâtiment. Il aperçut la porte fermée qui menait à la crypte. Le répit fut court car Helena apparut devant lui à travers l’épais mur de pierre froide. Elle s’approchait lentement de lui, un sourire moqueur aux lèvres, et tendait les bras vers lui.

- Nathaniel, comment peux-tu espérer m’échapper ? Je t’ai promis que je t’offrirais la souffrance jusqu’à ce que l’éternité te paraisse impossible à affronter.

Nathaniel regardait avec dépit la femme qu’il avait aimé et qui, maintenant, le hantait et lui infligeait milles tourments. Il se demandait si il parviendrait à lui échapper ou à chasser toute haine de l’esprit d’Helena. Elle n’était plus qu’à quelques centimètres de lui et il savait qu’elle allait de nouveau prendre possession de son corps. Il recula sans quitter des yeux Helena et il percuta l’autel de l’église, faisant tomber des cierges qui s’éclatèrent sur le sol. Elle en profita et glissa en lui, repoussant son âme qui lui barrait le passage. Elle s’insinuait dans chaque parcelle de Nathaniel alors que la flamme d’un cierge encore debout sur l’autel bouta le feu aux vêtements du vampire. Helena, ayant passé les trois derniers siècles sous l’était qui était le sien, ne ressentit pas la vague de chaleur qui gagnait le corps tout entier de Nathaniel, ni l’insupportable odeur de brûlé qui l’accompagnait. L’âme du vampire suppliait Helena d’éteindre les flammes qui rongeaient son corps. Ce qu’elle fit, n’en ayant point encore terminé avec lui. Il la remerciait vivement mais elle n’en avait que faire. Elle mouvait le corps partiellement carbonisé vers une représentation du christ crucifié, une idée malsaine venant de la traverser. Nathaniel, réfugié dans son cerveau entraperçut cette idée et ça ne lui indiquait rien de bon.

Le soleil se levait et sa lumière tombait à travers les vitraux qui la vêtaient de multiples couleurs. Ses rayons venaient frapper le corps de Nathaniel, lui infligeant de nouvelles brûlures. Helena savait combien le soleil était un ennemi impitoyable pour les vampires. N’ayant pas assez fait subir de douleur à son assassin, elle conduisit son corps à l’abri dans la crypte et lui rendit le contrôle de son corps, s’en retirant. Nathaniel grimaçait tant la douleur qu’il ressentit pour toutes les brûlures qu’il avait reçu. Elle le regardait avec joie de le voir ainsi souffrir.

- Allons, ce n’est pas si terrible que ça Nathaniel, tu arriveras à supporter cette douleur jusqu’à la prochaine fois.

Il se réfugia dans un coin, se recroquevillant sur lui-même, souffrant en silence et il ne quittait pas des yeux Helena qui le regardait d’un air amusé. Pas un bruit ni aucune parole ne venait troubler le silence de mort qui régnait dans la crypte, le martyr apeuré dans un angle et son bourreau au milieu de la pièce. Les brûlures de Nathaniel peinaient à cicatriser sans l’apport de sang, ce liquide de vie qu’Helena l’avait empêché de boire au cou d’une femme. Il était dans un tel état de faiblesse que même pleurer était au dessus de ses forces. Il ne pouvait qu’attendre immobile le prochain tourment qu’elle lui infligerait. Son esprit fonctionnait au ralenti et il ne pouvait entrevoir le moindre espoir d’échapper à la mort qu’elle finirait par lui donner. Helena ressassait encore et encore la mort qu’il lui avait donné, attisant sa haine, ayant oublié tout le bonheur qu’ils avaient partagé.

- Tes yeux ont le même éclat que lorsque tu m’as tué mais jamais plus tu n’aspireras le sang de quiconque. Je ferais disparaître la lueur dans ton regard et à ce moment tu connaîtras le trépas.

Nathaniel était complètement abattu et ne prêtait nulle attention aux paroles d’Helena. Il n’esquissait pas même le moindre mouvement pour aller contre le sort qu’elle lui destinait. Elle avait gagné une guerre qu’il avait déclenché sans le réaliser trois siècles auparavant lorsqu’il l’avait tué, possédé par sa soif du sang.

Ses pensées le ramenèrent à l’époque où il était encore un mortel et qu’ils étaient fous amoureux, Helena et lui. Mais une barrière se dressait entre leur amour, les parents d’Helena qui ne voulaient pas que leur fille fréquente un simple charpentier comme lui. Il lui avait donc promis un soir de revenir la chercher quoi qu’il se passerait et qu’ils seraient ensemble pour toujours. Il avait rencontré un gentilhomme, dans une taverne, qui lui avait promis de lui donner de l’argent si il l’accompagnait chez lui pour l’aider. Il avait accepté l’offre de l’homme aussi étrange lui paraissait-il et l’avait accompagné chez lui. L’homme lui avait alors annoncé qu’il avait besoin de compagnie et qu’il voulait partager ses richesses. Nathaniel, si naïf était-il à ce moment, accepta de lui tenir compagnie, ne pensant qu’à l’argent qu’il gagnerait pour enfin vivre avec Helena l’amour qu’ils partageaient. Quelle surprise eut-il quand l’homme s’avéra être un vampire et qu’il fit de lui son infant. Il découvrit tout d’un regard nouveau et voulait partager ce qu’il voyait avec son amante. Malheureusement pour eux, la soif de sang de Nathaniel fut réveillée par le délicat parfum du nectar de vie qui coulait dans les veines d’Helena. Il fut incapable de résister et brisa leur amour en la vidant de son sang, la tuant dans ses bras.

Nathaniel émergea de ses souvenirs, rempli d’une intense tristesse, se rendant compte de ses erreurs passées, de leur amour détruit par sa naïveté. Il se répugnait de tous les crimes qu’il avait commis rien que pour apaiser sa soif. Helena le fixait, surprise de voir le visage du vampire passer d’une expression de tristesse à l’une de dégoût, et tendit la main vers lui.

- A quoi penses-tu donc ? Révèle moi toutes les pensées qui font ainsi changer ton visage d’expression. La culpabilité t’a-t-elle enfin rattrapée ?

Il la regardait sans formuler la moindre réponse, incapable de parler qu’il était. Il se leva au prix d’un gros effort et passa à côté d’elle sans la regarder. Il se traîna tant bien que mal hors de la crypte. Elle le suivait, sans un mot, craignant qu’il ne soit en train de s’enfuir. Il atterrit près de l’autel où un prêtre ramassait les cierges tombés et en remettait de nouveaux. Nathaniel ne lui prêta pas la moindre attention. Le prêtre, quant à lui, était intrigué et apeuré devant le spectacle du corps fortement brûlé du vampire. Les rayons du soleil enflammaient Nathaniel à travers les vitraux mais il s’en moquait complètement. Le prêtre ne comprenait absolument pas ce qu’il se passait mais voulait porter secours à ce pauvre homme en train de brûler. Helena regardait la scène avec un certain amusement mais néanmoins une légère inquiétude l’envahissait. Elle n’en avait pas fini avec lui et ne voulait donc pas qu’il périsse maintenant. Le prêtre parvint avec quelques difficultés à éteindre les flammes en finissant par enrouler Nathaniel dans une nappe qu’il avait attrapée sur l’autel. Helena se glissa dans le corps du prêtre, en prenant possession puis le fit transporter le corps du vampire dans la crypte. Ensuite, elle força le prêtre à se suicider en le faisant s’ouvrir les veines. Elle quitta le corps du prêtre alors que celui-ci rendit son dernier soupir. Une mare de sang s’était formée et elle s’arrêtait aux pieds de Nathaniel. L’odeur de l’hémoglobine le réveilla, sa soif n’ayant cessé de grandir au fur et à mesure de ses tortures, et il lapa le sang comme un animal assoiffé. Helena s’était absentée de la crypte, veillant à ce que personne ne s’y aventure. Elle attendait que le vampire guérisse un peu ses blessures avant de lui en infliger de nouvelles. Il lui avait promis qu’ils seraient ensemble pour toujours et elle s’assurerait que cela soit vrai, tout en se vengeant de la mort qu’il lui avait infligée.

Ma dernière nuit de mortel 2

Publié le 17/07/2008 à 12:00 par blackangel822002
L'homme rompit enfin le silence qui devenait trop pesant pour moi, la curiosité ayant laissé place à l'angoisse. Les deux jeunes femmes étaient toujours nues et immobiles sur le lit, le sang s'échappant des trous dans leurs cous ayant taché les draps. Il ne m'était pas venu à l'idée au début qu'elles puissent être mortes. L'homme me promit la fortune et le succès auprès des femmes si je le rejoignais. Allêché par cette proposition, je buvais ses paroles qui me paraissaient aussi douces et enivrantes que le vin que servait le tavernier. J'étais complètement envouté par ses paroles, je me levai de ma chaise comme un pantin pour m'approcher du lit où reposait les corps inanimés des deux jeunes catins.

Je glissai mes mains sur le corps de l'une d'elle et sentit comme sa peau était froide. Je me rendis seulement compte que sa poitrine ne bougeait plus du tout, signe qu'elle ne respirait plus et que son coeur ne battait plus. Elle était morte avant que je ne pénètre dans cette chambre et je ne m'en rendais compte seulement après l'avoir touché. Quel idiot je faisais de mettre ainsi jeté dans les mains d'un tueur, au plein milieu d'une de ses tueries. Il me demandait de me débarasser des corps des deux jeunes catins, ce que je ne pouvais lui refuser sans que je ne sache pour quelle raison.

Je revêtit les cadavres de leurs tenues de catins, provocantes à souhait, puis les asseoit sur le lit, l'une contre l'autre pour qu'elles tiennent dans cette position. Je pris la bougie allumée qui était posée sur une table au milieu de la pièce et mis le feu aux draps puis au tapis qui recouvrait le sol et y laissa la bougie. Ensuite je sortis de la pièce en courant, criant au feu et m'excusant auprès de l'homme qui me suivait le regard haineux d'avoir fait irruption dans la pièce et d'avoir fait tombé la bougie sur le tapis. Je descendis les escaliers à reculon, terrorisé par l'homme qui avançait sur moi d'un pas décidé, ses yeux me lançant des éclairs. Le tavernier regardait bouche-bée la scène, alors que je sortai de la taverne lui promettant d'aller chercher de l'aide pour éteindre le feu qui se propageait dans la chambre, l'homme me suivant toujours. Une fois la porte franchie, je m'arrêtai, laissant l'homme me rejoindre, le sourire aux lèvres, mais courroucé par la manière dont je m'étais débarassé des corps, le fait que je les brûle le gênant.

Il m'entraîna dans les ruelles sombres des bas-fonds de la ville où trainaient les coupes-jarrets, les catins dont personne ne voulait et les mendiants. Il me demanda de désigner celui ou celle qui me faisait le plus pitié. Je lui montrai un cul-de-jatte dans une caisse à savon qui tenait une tasse en fer contenant quelques piécettes car je ne voyais pas comment un homme si réduit que cela pouvait réussir à vivre en ce bas monde. L'homme s'approcha du mendiant, se pencha pour lui donner quelques pièces mais au lieu de cela il l'attrapa, lui serrant la gorge et le portant à ses lèvres, il mordit dans la chair de son cou et le vida de son sang devant mes yeux. Je ne pus que regarder la scène terrorisé devant la force de l'homme que j'accompagnais. Il reposa le corps sans vie du cul-de-jatte dans sa caisse à savon puis nous reprimes notre chemin, pour nous arrêter devant une grande batisse à l'écart de la ville où il ne semblait y avoir aucune âme qui vive.

Ma dernière nuit de mortel.

Publié le 17/07/2008 à 12:00 par blackangel822002
Je me rappelle encore la première fois que je l'ai vu, assis entre deux jeunes catins, fort de son charme irrésistible, dans la force de l'âge. Sa peau luisait étrangement sous l'éclairage de la multitude de bougies plantées sur le lustre au coeur de la taverne. Ses yeux paraissaient traverser la peau et la chair pour lire au plus profond de notre être. Il était richement vêtu avec sa chemise à jabot, sa veste de velours noir tout comme son pantalon et il était chaussé de bottes de cuir. Il dépensait sans compter, faisant boire plus que de raison les deux catins tandis que lui n'avait pas touché à son verre de vin. Je ne parvenais pas à détacher mon regard de lui, envieux de ses vêtements, de son argent et de son succès auprès des femmes.

Je le suivis du regard lorsqu'il monta à l'étage, les catins fortement émêchées aux bras, et rejoignit une chambre qu'il avait payé pour la soirée. Il referma la porte et disparut de ma vue, rompant le charme, et je fis aller mon regard de droite à gauche pour voir se que faisait les autres clients de la taverne. Des habitués, pour la plupart; qui jouaient aux dés ou aux cartes, échangeant des piques de vive voix. Pas la moindre personne ne me prêtait attention, à moi le fils du boucher, je me sentais transparent, voire même invisible. Vu que personne ne se préoccupait de moi, je me faufilais à l'étage, marchant lentement sur le plancher pour éviter tout grincement des planches en bois. Je me mis à genou devant la porte de la chambre où étaient entrés l'homme et les deux jeunes catins, collai mon oreille à la porte sans entendre le moindre son.

Je regardai par le trou de la serruer et aperçut les jeunes femmes dévêtues, couchées sur le lit, mais ne vit nulle part l'homme. Alors que je continuais de zieuter par la serrure, la porte s'ouvrit en grand, m'affalant à plat ventre dans la chambre. L'homme referma la porte puis prit place sur un fauteuil près d'une fenêtre. Sans qu'il n'ouvre la bouche, je l'entendis m'inviter à prendre place sur le fauteuil face au sien. En m'approchant, je jetais un regard sur les corps dévêtus sur le lit, n'ayant jamais vu de corps de femme auparavant. Deux petits trous, d'où coulaient quelques goutelettes de sang, mirent mes sens en alerte, m'implorant de faire demi-tour et de fuir cette chambre, ce que je ne fis pas et pris place dans le fauteuil. Je fixais maintenant l'homme qui, la tête posée sur son poing fermé, me regardait en silence. De longues minutes passèrent sans que je n'ose rompre ce silence, l'homme paraissait plonger dans une intense réflexion.

Le messager de l'espoir

Publié le 10/07/2008 à 12:00 par blackangel822002
Le soleil se lève à l'horizon, chassant petit à petit l'obscurité où règne en maître bon nombre de créatures que la plupart des hommes ne voudrait rencontrer. La lumière orange du soleil levant baigne le corps d'un jeune homme allongé sur le rebord d'un immeuble flirtant avec les nuages. Ce jeune homme a les yeux à demi-ouverts et débordant de larmes, troublant son regard porté vers l'étendue infinie que représente le ciel. Ses pensées sont tournés vers la mort, qu'il désire ardemment, cherchant le courage de se laisser tomber sur le sol goudronné de la rue. Il a abandonné tout espoir en la vie, toutes ses illusions piétinées les unes après les autres par la dure réalité de ce monde en putréfaction.
Il tient dans ses mains une rose rouge ainsi qu'une chaîne après laquelle pend un pendentif représentant un demi-coeur. Quelques goutelettes de sang s'écoulent le long de ses doigts tant il serre fort la tige, des épines lui piquant la paume. Le demi-coeur semble brisé comme l'est le sien, déchiré par le chagrin, la perte de sa plus grande illusion l'amour éternel car il ne peut en être ainsi condamné dès la naissance à mourir comme le sont les hommes et les femmes. L'autre moitié de ce pendentif est maintenant six pieds sous terre, autour du cou de celle qu'il aime mais que la mort lui a arraché. Il espère la retrouver en mettant fin à sa vie qui n'aura été que désillusion jusqu'à son terme.
Une faible lueur apparaît à ses côtés sur le toit, puis il entend un léger murmure qui ressemble fortement à son nom. Il tourne la tête vers l'origine de la lueur et de la voix, pour découvrir debout à ses côtés un être tout de blanc vêtu, le visage plein de douceur et d'amour. Cet être, qui se tient ainsi près de lui, n'est autre qu'un ange, muni de grandes ailes blanches, qui tend les mains vers lui, l'implorant de ne pas faire le mauvais choix. Le jeune homme, complètement abasourdi, secoue la tête en se redressant, ne croyant pas ce qu'il voit. Il lâche la rose ainsi que la chaîne qui rejoignent le sol à quelques centaines de mètres sous eux, la fleur tombant plus lentement telle une plume alors que le bijou chute tel une enclume. L'ange lui sourit en le voyant se relever et quitter le rebord puis le prend par les mains et l'attire au centre du toit, là où tout faux mouvement n'entrainera pas une chute mortelle.

- Que croyais-tu faire en sautant de cette auteur ? Tu espérais rejoindre ta bien-aimée sans qui ton coeur est déchiré ? Cette solution ne t'y aurait jamais conduit. N'as-tu donc jamais appris que le suicide conduit en enfer ?

Se sentant tel un enfant qui se fait réprimander par un professeur, le jeune homme baisse la tête n'osant dire le moindre mot. Il finit enfin par relever la tête et fixe le regard de l'ange, qui semble pouvoir percer son esprit tant il est profond. L'ange sort quelque chose de sa manche et le tend au jeune homme, cela semble être un morceau de parchemin.

- Je ne devrais pas faire ça, Il nous l'interdit mais votre bien-aimée tenait absolument à ce que je vous donne ceci car elle savait que vous voudriez mettre un terme à votre vie. Prenez bien le temps de lire et de vous imprégnez de ce qu'elle vous a écrit sur ce parchemin.

Le jeune homme déroule le parchemin et commence la lecture à voix haute, les larmes coulant le long de ses joues dans un torrent qui semble intarissable.

- Mon tendre amour, sache que la mort n'est pas la fin de toute chose et qu'au-delà, la vie prend un nouveau départ mais nos souvenirs et nos émotions passées restent entiers. Mon amour pour toi a traversé la lumière qui m'a mené vers ma nouvelle demeure et mon âme reste toujours lié à la tienne. Je ressens tes joies. J'éprouve tes peines. Je ne fait qu'un avec toi, même si la mort nous a séparé, nous ne sommes qu'un seul et immortel amour. Oui l'amour est éternel, c'est bien ce que je veux que tu comprennes. Tu dois continuer de vivre au nom de notre amour et ne pas rester reclus dans ton chagrin car ta tristesse est mienne et mes larmes coulent avec les tiennes. Fais moi rire et sourire en étant joyeux et heureux. Le temps n'a pas de prise sur nous en ce lieu où je t'attend et où je t'attendrai jusqu'à ce que ton heure soit venue. Mais avant cela, sache que je t'aime et qu'au nom de notre amour, tu dois vivre et remplir nos deux coeurs et nos âmes de joie. A très bientôt mon éternel amour.

L'ange en entendant le jeune homme lire à haute voix, ce parchemin qui lui avait été adressé par sa bien-aimée, ne put s'empêcher de fondre en larmes devant la beauté de cet amour. Le jeune homme, qui quant à lui n'a pas cessé de pleurer depuis que l'ange lui a transmis cette lettre, serre le parchemin contre son coeur et lève les yeux au ciel, un sentiment de joie gagnant son être tout entier. Sa moitié vient de redonner vie à son plus bel espoir, celui de l'amour éternel, redonnant ainsi un sens à sa vie, la remplir de moment heureux pour rendre heureuse celle qu'il aime. L'ange ressentant la joie qui envahit le coeur du jeune homme lui adresse un grand sourire puis déploie ses ailes et s'envole vers d'autres horizons.